12/12/2015
12 décembre 1915
Descendu des lignes : au repos, dimanche.
Hélas, il pleut, il pleut, il pleut... C’est dans une boue liquide que j ‘ai cheminé ; en sortant du cimetière où je croyais rester enlisé, j’entrais à l’église des Islettes ; il était neuf heures ; à ce moment l’aumônier ne trouvant que moi comme fidèle me demanda si je pouvais ou voulais lui prêter assistance pour mettre ses cloches en branle.
Sur mon affirmation (lui offrant à défaut de savoir mes bras et ma bonne volonté), nous montâmes au clocher et c’est ainsi que le 12 Décembre de l’An de Grâce et ... de cataclysmes 1915, votre sous-officier mitrailleur invitait les Meusiens à venir prier le Dieu tout puissant pour le salut de la France et la perte de ses ennemis.
J’assistais à une grand messe fort bien chantée, car il ne manque pas d’artistes aux Islettes (c’est la petite patrie des embusqués), mais l’assistance était évidemment peu banale :
quelques femmes en deuil, des officiers pimpants d’Etat-Major, les poilus boueux, sales, hirsutes faisant une masse grise et triste ; l’autel seul semblait chatoyant, rutilant de lumière et de fraîcheur, donnant bien ainsi la différence du ciel à la terre.
Alors ayant pendant quelque temps perdu de pensée le bruit du canon, le mouvement des masses, les cris, les ordres, les contre-ordres et tout ce qui fait la sujétion de ces longs mois de lutte, j‘ai regagné la Thibaudette dans un demi-rêve de paix.
On a enfin achevé ici une maison de bois et de boue, c’est à-dire en torchis, très confortable avec lits suspendus ; nous sommes deux sous-officiers et il y a place pour six; ainsi donc très à l’aise et surtout l’esprit au repos, loin du bruit des poilus, enfin un peu isolés... Dieu, que cela parait bon.
prochaine note : 13 décembre
06:00 | Tags : tranchées, argonne, première guerre mondiale, 1914-1918 | Lien permanent | Commentaires (0)
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