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30/11/2018

30 novembre 1918

Je pars avec une permission de 20 jours ; cette fois, c’est bien la dernière...

première guerre mondiale,permission

 

21/11/2018

20 novembre 1918

Un peu d’ordre commence à régner ; le déblaiement s’active et nous commençons, nous les vieux, à penser à notre retour dans nos foyers. -
Mais on a encore besoin de nous pour garder et faire travailler les prisonniers, les jeunes étant partis occuper les provinces reconquises.
On va nous donner une permission ultime... et par roulement vers la fin du mois. Je ne pense pas être libéré avant l’Année de Grâce 1919...

prochaine note : 30 novembre

14/11/2018

14 novembre 1918

J’ai passé mon après-midi sur la place de Vouziers à faire le service de distribution des vivres à nos compatriotes qui arrivent du Luxembourg. C’est un défilé ininterrompu de misérables prisonniers français que l'ennemi n’a pu retenir une minute de plus... Beaucoup sont encore vêtus de la capote bleue, du pantalon et du képi rouges de 1914.
Des civils minables, mais joyeux ont fait du mieux pour soulager toutes ces infortunes, mais vraiment on est débordé .. Ces civils sont des hommes, des femmes qui ont fait des kilomètres dans la boue, dans la nuit, pour arriver plus vite à Vouziers. Des femmes, des jeunes tilles n’ont pas hésité à traverser la plaine inondée, ayant retiré leurs chaussures, relevé leurs jupes, ayant de l’eau jusqu’aux cuisses, au risque de se noyer pour fuir l’exil et retrouver plus tôt la Terre française et leurs compatriotes. Quand on a vu cela, il est difficile de nier l’amour de la Patrie...
L’Aisne aussi déborde et la plaine n’est plus qu’une immense nappe d’eau, la route est coupée en direction de Sedan. Ce sont les Boches qui ont fait d’énormes barrages pour protéger leur retraite.
Combien sont poignants les récits que nous font nos compatriotes de retour d’Allemagne ; il semble que nos journaux n’ont rien exagéré quant à la détresse de nos voisins - Les officiers eux-mêmes sont à la portion congrue et les hommes crèvent de faim ; aussi, la discipline, si sévère là-bas, a disparu... et le Commandement ne peut plus rien.

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" Cette croix est offerte gracieusement à tous les fils de la grande Allemagne qui eurent l'insigne honneur de la mériter et de la recevoir du roi de Prusse Guillaume II. Il y en a comme cela quelques milliers dans le cimetière de Vouziers . Elle est en fonte noire. C'est sinistre et de mauvais gout… Les allemands si biens pénétrés de leur victoire avaient fait leur le cimetière. Ils n'ont même pas hésité à relever les vieilles tombes pour élever une sorte de pierre pour y inscrire tous les noms des leurs (*). Un parterre de roses agrémente le paysage. Dans l'extrémité du cimetière j'ai vu la tombe de Garros l'aviateur tué le 5 Octobre 18. Puis on y a mis en voisinage un Brindejonc des Moulinets(*) (hier) ;  je pense que c'est un des frères de l'aviateur d'avant- guerre."

(*) mais il a fallu faire un cimetière annexe ils étaient trop et alors là, il y a du monde, mais quel monde !

(*) Brindejonc des Moulinais (aviateur mort au combat)

prochaine note : 20 novembre

13 novembre 1918

Le cimetière de Vouziers que je viens de visiter est entièrement allemand - Rien que des croix de fonte noire offertes par le Kaiser à ses morts, c’est sinistre - Dans l’extrémité, un petit coin français où je trouve la tombe de l’aviateur Garros tombé à l’ennemi le 5 Octobre 1918.

prochaine note : 14 novembre

12/11/2018

12 novembre 1918

Vouziers : une ruine complète, pas une maison intacte ; des monceaux de décombres obstruent les voies.
Je garde avec ma Compagnie de mitrailleurs 500 prisonniers ; Dieu, qu’ils sont misérables, mais dociles... Je n’ai rien à leur donner à manger ; il va falloir obtenir un camion pour aller chercher du pain et du riz à l’arrière à une station magasin.
J’ai l’ordre de faire travailler au déblaiement, mes Boches sont soumis et exécutent les besognes les plus répugnantes ; c’est affreux de les voir chercher dans les détritus de toutes sortes de quoi manger...

prochaine note : 13 novembre

11/11/2018

11 novembre 1918

12 heures -
C’en est fait, l’Armistice est signé... La Grande minute est passée, quelle délivrance... On l’avait tant désirée, tant attendue, si bien gagnée...
Je pense à la joie de Paris en ce jour et à celle de toute la France enfin libérée de ce fléau...
Ici, c’est une sorte de torpeur ; à la joie se mêle le regret d’une victoire, de Notre victoire confisquée. D’abord, on n’y voulait pas croire, puis il a fallu se rendre et accepter ce destin ; la lassitude, les fatigues, les privations de ces trois derniers mois temporisaient les plus déterminés à la lutte.
Ce matin, je croisais sur la route le 417ème Régiment d’artillerie lourde qui revenait de l’avant (régiment inutilisable dans cette course de vitesse) ; tous les hommes lassés, ballotés sur leurs chevaux étiques, semblaient chevaucher dans une indifférence complète sur la route qu’ils croyaient sans fin, n’en ayant jamais vu le terme depuis 50 mois.

prochaine note : 12 novembre