Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

26/06/2016

26 juin 1916

Au lieu du repos prévu, le Commandant vient de prévoir la montée en ligne de la 1ère C.M.
C’est abuser, car sur deux compagnies, la première (qui est la mienne) est comme par hasard toujours désignée pour repartir ... du pied droit.
Sur notre protestation, il est décidé que nous resterons au repos, la 2ème C.M. prendra son tour. Une vieille maison nous abrite, un peu trouée, mais ayant tout de même ses murs.

prochaine note : 6 juillet 2016

 

24/06/2016

24 juin 1916

 Que je regrette de manquer de temps et de force pour vous dire mon départ de la Cote 310 dans cette nuit du 23 au 24... nuit noire illuminée seulement par le tir des projectiles et l’incendie de Montzéville dont les ruines brûlaient.
Je suis fourbu, j’ai 36 heures de travail sur pied, je n’ai pas pris un instant de sommeil et j’ai marché 25 km. Pour descendre de la Cote 310 à travers les trous, les précipices, nous avons dû lutter héroïquement pour sauver notre matériel ; j’ai failli perdre mon caporal Barbarin qui, alourdi de son fourniment, était tombé à plat ventre dans un trou de 4 mètres de fond. Nous l’avons retrouvé grâce à ses appels.
Au bas de la Cote, impossible de rassembler mes voiturettes car les mulets effrayés ne voulaient plus rester en place ; leurs conducteurs ne pouvaient les retenir et ne s’acharnaient pas à les violenter. Aussi, malgré mes appels impératifs, ce fut une fuite éperdue vers l’arrière ; nous nous sommes retrouvés au bivouac, mais ils avaient gagné l’étape au sprint.., ce qui d’ailleurs ne leur valut pas des compliments.
Joint le régiment à cinq heures du matin : marche vers Osches, à la halte-repos, grande revue et remise de décorations (à ceux du bivouac bien entendu, enfin justice est faite...) ; déjeuner sur l’herbe arrosé par les pluies du ciel.
Arrivée à Osches à 15 heures : nettoyage, course au pinard, bavarding avec les copains des compagnies retrouvées, et enfin, je vais pouvoir dormir...
Réveil Dimanche à 4 heures : jus, départ à 5 heures.

Erratum : Nous n’allons pas comme je l’avais cru au repos ; mais aucune inquiétude à avoir : nous ne reverrons jamais ce que nous venons de quitter.
Comme c’est gai de retrouver les villages de l’arrière ; c’est beau, la paix... les champs de blé, les paysans, les femmes, les vieux, les adolescents... Cela nous ravit de contempler ces êtres et ces choses ; nous sommes depuis si longtemps sevrés de ce qui fait une société.

24juin1916 2014-10-26 001.jpg

24juin1916(2) 2014-10-26 001.jpg

prochaine note : 26 juin 2016

 

22/06/2016

22 juin 1916

 Toujours sur notre cote 309 - 310 - La bataille continue. Midi - Un cycliste est signalé sur la route ; c’est celui de notre régiment ; que peut-il bien venir faire à cette heure dans notre plaine chaotique et désertique ? Que se passe-t-il, que vient-il nous apprendre ?
C’est l’ordre de relève du régiment tout simplement.
Tout ce que vous aviez souhaité vient d’arriver ; ce sera le départ pour le 24 Juin de notre 30ème régiment territorial qui quittera cette terre d’épouvante pour aller se refaire à Osches, à 20 kilomètres environ au sud de Verdun. ,
Enfin, nous allons vivre un peu ; et puis, les permissions qui avaient été supprimées pendant cette grande offensive vont sans doute reprendre, et j’espère ainsi vous voir plus tôt.
En somme, nous allons quitter l’endroit certainement le plus dangereux que nous ayons occupé jusqu’alors : hier au soir, cinq hommes de la 3ème Compagnie ont été tués et plusieurs blessés ; il est temps que l’on fasse rentrer le 30ème si l'on désire en voir encore quelques survivants ; les combats ici sont
terriblement durs et les duels d’artillerie se poursuivent
sans interruption.

ORDRE GENERAL N° 234 du 15ème corps d'Armées

Au moment où les Bataillons des 30e et 50e M.I.T. quittent le secteur du Groupement, le Général commandant le 15e Corps d’Armée tient à leur exprimer sa satisfaction pour le zèle et le dévouement dont ils ont fait preuve pendant tout le temps qu’ils ont passé sous ses ordres.
Par leur travail exécuté de nuit dans les circonstances les plus dures et les plus dangereuses, ils ont largement contribué au renforcement de notre position et à la défense générale du secteur.
Au Q.G.C.A. le 22 Juin 1916
Le Général commandant le 15e Corps
Signé : de MAUD’HUY

 Lettre à la suite de l’Ordre Général 234 -
Au Lieutenant-Colonel commandant le 30e T

Mon cher Colonel -
Vos deux Bataillons nous quittent ; un ordre du Corps d’armée les remerciera. Mais je peux vous dire personnellement pour que vous le répétiez à vos braves soldats combien j’ai apprécié les services qu’ils nous ont rendus.
Ils ont peiné, ils ont souffert, beaucoup sont morts ou ont été blessés, mais leur travail a contribué puissamment au maintien de notre position et a sauvé la vie de nombreux camarades. Merci donc à vous et au 30e T.
De MAUD’HUY

prochaine note : 24 juin 2016

 

 

17/06/2016

17 juin 1916

 Au BIVOUAC -
Comme je revis en ce moment... Le temps a bien voulu nous être favorable et nous avons pu nous nettoyer ; et puis, on n’a plus froid et l’on peut se mouvoir.
Aussi j’en ai profité pour m’esquiver après la soupe et pousser jusqu’à Dombasle. Je suis entré dans ce petit pays déserté ; tout est éventré, ouvert à tout les vents ; on pénètre partout, et partout on trouve la ruine et la désolation.
Je me suis attardé dans les intérieurs, revivant la vie intime des fugitifs ; là, des livres pieux indiquent un foyer chrétien ; ici, du linge croule d’une armoire défoncée ; une petite poupée dresse son moignon dans un appel désespéré à sa petite maîtresse ; les choses profanes voisinent avec les choses sacrées.
L’église a un aspect à la fois sinistre et magnifique :. dans sa détresse ; puis c’est la Cure où j’ai cherché en vain dans la bibliothèque de Monsieur le curé un souvenir de petite dimension et de grand intérêt; je n’y ai trouvé que le renseignement qui est au dos de cette feuille et que j’avais cherché longtemps dans ma jeunesse (1).
En ce pauvre appartement, quel saccage... Le génie du mal et de la destruction a passé là.
D’une fenêtre béante, j’aperçois le jardin ; je passe sur des monceaux de tuiles, de poutres, et me voilà parmi les roses.

Oh, la splendide nature et comme elle fait honte à la laideur des hommes ; la “Gloire de Dijon” m’attire par sa pourpre si riche, puis la “Maréchale Niel” m’offre sa senteur de miel, les “Reines des reines” me font souvenir des temps gracieux de la vieille monarchie cependant que la “France” radieuse dresse en un défi orgueilleux sa fine silhouette au dessus de ce parterre enchanteur.
J’ai voulu voir là le symbole de notre cher Pays trop poli, trop doux, trop altier pour ne pas, toujours et malgré tout, s’élever par l’élégance et la beauté au-dessus des autres. J’aurais voulu pouvoir faire une grande moisson de toute cette beauté pour la jeter à vos pieds ; il y avait de quoi contenter une reine...

1) DIES IRAE : Chant de deuil de l’ Eglise -
Attribué au Cardinal Malabranca, neveu du Pape Innocent III et évêque de Velletie (?) au XIIIe siècle.
Le rythme musical de cet hymne et les paroles ont fait le désespoir des compositeurs comme des lettrés.

17juin1916 2014-10-27 001.jpg

prochaine note : 22 juin 2016

 

16/06/2016

16 juin 1916

 J’ai oublié de vous mentionner l’explosion du dépôt de munitions de Dombasle-en-Argonne. Les Allemands avaient repéré ce dépôt depuis longtemps et s’acharnaient à y placer un obus qui pût produire une catastrophe.
Après avoir toute une matinée fait choir des obus un peu partout, à l’heure de midi il en tomba un en plein centre. Ce fut une explosion formidable et les obus en dépôt explosant simultanément étaient projetés à des 100 et 200 mètres de haut et à plus de 500 mètres de longueur.
Il en vint tomber jusqu'à nos pieds (nous étions à environ un petit
kilomètre) ; l’un faillit même tuer Le Cor qui en fut quitte pour une violente bousculade que je lui appliquai voyant arriver le bolide ; je le plaquai d’un rude coup de poing qui le fit s’étaler à plat ventre ; j
e reçus pour remerciement un « ..spèce de brute ». L’obus s’était coulé d’environ deux mètres dans le sol ; nous pûmes le contempler tout à l’aise...
Et ces explosions se poursuivirent jusqu’à 5 heures du soir sans arrêt.

grande guerre,tranchées,verdun,première guerre mondiale,1914-1918

grande guerre,tranchées,verdun,première guerre mondiale,1914-1918

prochaine note : 17 juin 2016

 

15/06/2016

15 juin 1916

 C’est toujours le froid mais je vais abandonner mon plateau et redescendre au bivouac. Cette nuit, la course sera rude et dure à travers un terrain ravagé ; nous partons avec un liquide chaud vers 22 heures et nous ne serons pas arrivés avant la 23ème ou 24ème heure; là seulement, nous pourrons peut- être manger... s’il reste quelque chose.
Enfin, ce sera un peu de repos. Pourvu que le sol soit épongé, c’est là ma seule exigence ; quelle sainte horreur j’ai de la boue et de l’humidité... Je préfère un bombardement de 48 heures à 24 heures de pluie ; au moins on court sa chance et il n’y en a pas pour tout le monde. A preuve...

prochaine note : 16 juin 2016