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11/06/2015

11 juin 1915

Nous sommes partis du Futeau pour venir coucher aux Islettes, joli pays au milieu de la forêt d’Argonne. Nous avons passé une nuit réparatrice. A l’heure qu’il est, avec mon ami Laurent,  nous savourons un bon café au lait obtenu d’une personne du pays et, le comble du confort, nous avons une chaise et un morceau de table... Oh... s’asseoir sur une chaise, jamais je n’aurais cru que ce pût paraître si bon, si nouveau. Que sera-ce si, un soir, il m’est donné de coucher dans un lit ?
La personne qui a bien voulu nous recevoir est une réfugiée dont le mari est à la frontière employé au Chemin de fer de l’Est. Habitants du midi, ce sont des expatriés qui attendent avec impatience le retour dans leur foyer.

Et nous donc ?


J’ai pu apprendre par elle combien les allemands avaient payé cher leur avance et combien leur recul fut précipité après “la Marne”. La Meuse qui n’est pas précisément un ruisseau était coupée à quatre passages par le barrage de cadavres ennemis.
Les Allemands sont maintenant blottis en arrière de la forêt et dans des trous profonds ; il sera difficile de les en déloger.

prochaine note: 14 juin

10/06/2015

10 juin 1915

Le Futeau -Forêt d’Argonne.
Arrivée ici après une marche de nuit pénible commencée par une chaleur accablante et terminée sous un  orage des plus violents - le sac est terriblement lourd après cette marche de nuit - .
Nous avons traversé Clermont-en-Argonne : vision d’ épouvante ; des ruines, des pans de murs calcinés, pas une maison entière. Trois heures du matin : on marche toujours, la fatigue augmente et aussi la mauvaise humeur, on grogne ferme. Encore 3 km... Le Futeau, enfin...
Halte : nous disposons d’un squelette de grenier ; plancher vermoulu; attention où l’on pose le pied... Bruit : voilà un camarade qui disparaît au rez-de-chaussée ; deuxième secousse : l’échelle qui supportait des poilus pressés se rompt - un peu de casse - c’est peu de chose pour le temps présent.
On se jette sur un semblant de paille ; le harnachement est abandonné et tout de suite un ronflement sonore peut faire croire que l’on est dans un garage où les moteurs sont à l’essai.
Pensez : il avait 23 heures que nous étions debout...
Six heures du matin, un cri: “Au jus”.
Une bordée d’injures d’une part ; un “tollé” de satisfaction d’autre part ; les uns veulent dormir, les autres boire.
Mais il faut bien se lever car le bruit devient impossible et puis il faut aller toucher les vivres et se nettoyer... et fourbir les armes.
Enfin cet après-midi, repos. Bien vite, je vais dormir ; mais je sais que je vous dois des nouvelles et je m’acquitte de cette tâche avant de m’abandonner à Morphée.

prochaine note: 11 juin

09/06/2015

9 juin 1915

Nous allons quitter notre campement. Au repos, on se retrouve entre amis ; j’apprends que Le Cor est couché sur la paille dans une salle de la Mairie. Il a une bronchite, un peu de conjonctivite. Avec l’absence totale de soins, on ne sait jamais ce que cela peut devenir. Ici la panacée universelle est l’iode et l’eau bouillie. Quant au major, sa science consiste à demander aux malades ce qu’ils veulent qu’on leur fasse en ayant soin d’ajouter qu’il n’a rien pour les soigner.
Comme vous le voyez, la présence de cet officier n’apporte qu’un secours moral comme celle du prêtre; on n’a qu’à se croire hors de danger après une conversation avec lui ; heureux ceux qui ont la foi et pas trop de fièvre...

prochaine note: 10 juin

07/06/2015

7 juin 1915

Hier soir, attaque du Vauquois pour la énième fois ; il n’y reste pourtant plus que des cendres et la terre a été labourée maintes fois par les obus. J’en étais environ à 500 m.
Il avait été décidé par notre commandement de faire une attaque par liquides enflammés ; le vent nous étant contraire, on avait hésité une bonne partie de l’après-midi ; enfin, à cinq heures, l’ordre formel vint de faire l’attaque quand même. Ce fut effrayant car nos troupes eurent à subir les retours de flammes et l’attaque échoua.

prochaine note: 9 juin

06/06/2015

6 juin 1915

Nous quittons le 15e corps et nous ferons partie prochainement du 5e ; nous laisserons également notre vieille tenue “pantalon rouge” de glorieuse mémoire ; désormais nous serons vêtus d’une tenue bleu horizon qui devra faire toute la guerre.
Nous abandonnerons Avocourt et ses tranchées où pour la dernière nuit passée en sentinelle, il m’est arrivé l’aventure suivante : nous avions gagné notre petit poste avancé, quatre hommes et moi ; derrière, la tranchée ou veillent les camarades et le lieutenant  Dupart . A plat ventre dans les hautes luzernes, la tête seule émergeant, nous fixions la tranchée ennemie ; calme profond, seulement troublé par le passage au-dessus de  nos têtes des obus qui vont harceler la ligne arrière.
Soudain, à ma droite, un de mes hommes a poussé un cri sourd de : “Halte-là”. J’aperçois une ombre qui vient vers nous ; je me précipite, prêt à tirer ; mais la réflexion immédiate me suggère qu’il est préférable d’employer la baïonnette qui, elle, ne fait aucun bruit ; je vais frapper lorsque je reconnais avec horreur le lieutenant Dupart, qui, très content, “rigole” en silence.
C’est égal, à ce moment-là,  j'ai eu une émotion, car une seconde plus tard....

 

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prochaine note: 7 juin

05/06/2015

5 juin 1915

5 juin

Je suis nommé caporal ; le lieutenant, très heureux de ma nomination, me passe un certain nombre de services à établir.
Il faut donner à chacun sa tâche et cela est difficile : il s’agit de postes plus ou moins dangereux : il y a les sentinelles avancées, les sentinelles de créneaux, les travailleurs de nuit creusant les abris, les tranchées, les boyaux de communication.
Enfin, je suis bien content de mes occupations ; mes journées sont plus rapides et peu à peu je m’impose à mes hommes (ce qui est assez difficile étant donnée la camaraderie vécue jusqu’à ce jour).

prochaine note: 6 juin